Financements

France 2030 : quels enseignements 2 ans après ?

8.3.2024
5
min.
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Romain Escriva
Analyste Prospective et intelligence économique

Cet article plonge au cœur des ambitions de France 2030, analysant son déploiement et son efficacité à mi-parcours, et esquisse les contours de ce que l'avenir pourrait réserver à l'économie française grâce à ce plan d'envergure.

54 milliards d’euros. C’est le montant engagé par l’État en 2021, pour transformer radicalement et profondément l’économie française. Un grand plan d’investissement public pour accompagner les entreprises innovantes, capables de se convertir en leaders européens et mondiaux. Un grand plan pour réindustrialiser le pays de manière durable et lui rendre sa souveraineté, dans un contexte géopolitique toujours plus incertain et pour accélérer la transition écologique. Inclus dans le plan France Relance, France 2030 est combiné au 4ᵉ Programme d'Investissements d'Avenir (PIA 4) pour un total de 100 milliards d'euros à déployer en 5 ans. À titre de comparaison, Horizon Europe (le pendant européen de France 2030) représente un investissement de 95,5 milliards d’euros pour une temporalité similaire (2021-2027).

Bilan après 2 ans d'investissements

Depuis deux ans, de nombreux appels à projets ont été publiés, et de nombreuses entreprises financées. Le rapport d’évaluation in itinere de France 20301, publié au cours de l’été 2023, dresse le bilan de ce qui a été accompli par le programme d’investissement public. Alors deux ans après le lancement de France 2030, où en est-on ?

“Maintenant un autre défi, en particulier au moment où je vous parle, c'est de réussir à consolider sur cette action, mais à encore l'accélérer. Et c'est indispensable parce que le monde va lui aussi plus vite, parce que la compétition est encore plus dure. [...] On doit aller plus vite, plus fort.” Emmanuel Macron, le 11 décembre 2023 à Toulouse, à l'occasion des 2 ans du plan France 2030.

Bénéficiaires du plan

Les PME et organismes de recherche en tête

Au 30 avril 2023, ce sont près de 14 milliards d’euros qui ont été engagés pour rendre l’économie française plus compétitive, plus innovante, plus verte. Pour atteindre ces objectifs, le plan France 2030 a choisi d’agir sur l’ensemble de l’écosystème. C’est pourquoi l’ensemble des acteurs ont été accompagnés, via des prêts ou des subventions. Les PME sont les acteurs les plus régulièrement financés : les 1 136 PME bénéficiaires représentent 51 % des acteurs ayant perçu des financements publics.

Pour autant, en part de montants reçus, ces PME ne représentent que 22 % du total. Les acteurs ayant perçu la plus grande partie des financements publics décaissés par France 2030 sont les organismes de recherche. Ils ne représentent que 16 % des acteurs, mais ont perçu plus de 34 % du montant total engagé. Quant aux grandes entreprises, elles ont perçu plus de 18 % des montants perçus, alors qu’elles représentent 22 % des acteurs bénéficiaires.

Ces résultats sont tout à fait logiques. Les PME représentent l’immense majorité des entreprises françaises, et participent à des projets de développement de technologies, avec des budgets cependant limités. D’autre part, les organismes de recherche ont besoin de budgets conséquents pour financer la recherche fondamentale permettant d’améliorer l’état des connaissances sur des sujets de rupture. Enfin, les grandes entreprises sont celles qui ont les plus grandes capacités de financement, pouvant financer des projets de plus grande ampleur.

Disparités selon les dispositifs et secteurs

Il semble toutefois nécessaire de nuancer cette répartition des montants de France 2030. En effet, les organismes bénéficiaires diffèrent considérablement selon les secteurs et les types de dispositifs. Selon les modes d’intervention tout d’abord : les appels à projets (qui représentent la majorité des financements) financent autant d’acteurs émergents (de moins de 12 ans) que d’acteurs non émergents. Les financements de gré-à-gré et les PIIEC (projets importants d’intérêt européen commun) financent pour leur part bien plus largement des acteurs non émergents (respectivement 72 % et 68 %).

La même hétérogénéité se retrouve ensuite dans les différents appels à projets : Sur les dispositifs structurels (I-Lab, I-Nov, I-Démo, 1ʳᵉ Usine), tous sauf 1ʳᵉ Usine financent majoritairement des acteurs émergents. En revanche, de tous les dispositifs dirigés (maturation, démonstrateur, déploiement et industrialisation), seuls les AAP de maturation financent majoritairement les acteurs émergents.

Selon les secteurs enfin, les mêmes écarts se reproduisent. 99 % des acteurs bénéficiaires des fonds concernant le secteur spatial sont des acteurs émergents. Les contenus culturels, les formations de demain et l’alimentation durable ont également bénéficié à plus de 60 % à des acteurs émergents. En revanche, moins de 20 % des fonds alloués à l’avion bas-carbone et aux réacteurs nucléaires de petite taille (les SMR, Small Modular Reactors en anglais) leur ont bénéficié. Pour la décarbonation de l’industrie, c’est seulement 4 %.

Ces écarts s’expliquent très simplement par le degré de maturité technologique des secteurs ou les caractéristiques des acteurs ciblés. Par exemple, les sites industriels les plus polluants sont explicitement les plus concernés par la décarbonation, et ce sont aussi très majoritairement des sites anciens, d’où la forte proportion d’acteurs non émergents.

Répartition territoriale des fonds

Concentration autour de trois pôles majeurs

Comme le souligne le rapport, le plan France 2030 n’avait pas pour objectif de réduire les inégalités territoriales, mais de manière plus large, créer les conditions d'un meilleur avenir économique. En ce sens, il ne faut pas attendre qu’il soit également réparti entre les régions françaises. C’est pourquoi la seule région Île-de-France a bénéficié de plus de 4 milliards d’euros pour ses 650 projets soutenus, sur les 9 milliards déjà investis par France 2030. Les régions Auvergne-Rhône-Alpes et Occitanie (les deux régions suivantes) sont loin derrière, comptant respectivement 301 et 161 projets subventionnés.

Pour autant, certains pans de France 2030 comportent une forte dimension territoriale. Les dispositifs “France 2030 régionalisé” sont opérés directement par les régions, qui financent les projets qu’elles jugent les plus adaptés à leur territoire. En outre, un des objectifs annoncés de France 2030 comprend la réindustrialisation du pays. Ces industries, contrairement à d’autres secteurs, sont majoritairement situées hors de la région Île-de-France (qui ne concentre “que” 12 % de l’ensemble des activités industrielles, contre 16 % pour la région Auvergne-Rhône-Alpes) selon l’INSEE2.

Les fonds dédiés au développement d’usines et de projets industriels stratégiques soutiennent ainsi largement l’ensemble du territoire français. 77 % des fonds dédiés à la décarbonation de l’industrie ont donc été dirigés vers des entreprises situées hors d'Île-de-France, tout comme  68 % des fonds dédiés aux biomédicaments.

Engagements sectoriels

Disparités d'engagement

Le rapport pointe une grande disparité des engagements selon les secteurs couverts par France 2030. La moitié des crédits alloués au soutien à l’Enseignement Supérieur et la Recherche a ainsi été engagée, contre seulement 10 % des crédits alloués au soutien aux projets relatifs à l’électronique et la robotique.

Dans certains secteurs comme la décarbonation de l’industrie, seuls 2 % des crédits ont été engagés. Ce faible taux s’explique par les délais nécessaires pour faire valider l’octroi des subventions (souvent de grande ampleur et nécessitant donc l’accord de la Commission Européenne).

Les secteurs pour lesquels les fonds France 2030 ont été le plus engagés :

  • France 2030 régionalisé (80 %)
  • Enseignement Supérieur et Recherche (49 %)
  • Soutien à la croissance des start-ups (39 %)

Les secteurs pour lesquels les fonds France 2030 ont été le moins engagés :

  • Électronique et robotique (10 %)
  • Biomédicaments et dispositifs médicaux (20 %)
  • Hydrogène et énergies renouvelables (22 %)

Impact environnemental

Bilan et perspectives

Au 30 avril 2023, plus de la moitié des projets soutenus n’avaient pas d’impact de décarbonation direct (54 %). Seuls 21 % des projets ont un impact direct et pérenne sur la décarbonation de l’industrie ou des pratiques.

Pour autant, France 2030 aura bien un impact concret et direct sur la décarbonation de l’économie française et des pratiques afin de mieux réaliser la transition écologique. Comme dit précédemment, les fonds destinés à la décarbonation de l’industrie restent à être engagés. Et la majorité du soutien aux projets développant l’hydrogène et les énergies renouvelables ainsi que le nucléaire sur le territoire français n’a pas non plus été engagée.

Ce n’est donc qu’une question de temps (et d’engagement des ressources) avant que France 2030 ne délivre son plein impact environnemental.

Conclusion

Principaux points à retenir

  • Les PME sont les acteurs les plus nombreux à avoir été subventionnés (51 % du total) mais ce sont les organismes de recherche qui ont perçu les montants les plus élevés (34 % des montants engagés).
  • Les entreprises de la région Île-de-France sont de loin celles bénéficiant le plus des subventions France 2030, en cohérence avec leur poids économique dans le PIB français (4 Md € sur les 9 Md € décaissés au moment du rapport).
  • Les fonds sont inégalement engagés selon les secteurs de France 2030. Très peu de fonds ont été déployés parmi ceux affectés à l’électronique, aux biomédicaments et aux énergies renouvelables.

Romain Escriva

Analyste Prospective et intelligence économique

Analyste Prospective et intelligence économique chez Dynergie

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